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Les signaux d’apaisement : l'art de la communication non-verbale

  • 21 avr.
  • 6 min de lecture

Plongée au cœur des travaux de Turid Rugaas pour décoder le langage universel de la courtoisie canine.



Avez-vous déjà remarqué que votre chien bâille quand vous le grondez ? Ou qu'il se met soudainement à renifler une touffe d'herbe lorsqu'un congénère un peu trop énergique arrive en face ? Ce n'est ni de l'ennui, ni de l'indifférence. Votre chien vous parle. Si j’ai déjà effleuré le sujet des signaux d’apaisement par le passé, c’est un thème essentiel à mes yeux qui mérite que l’on s’y attarde vraiment aujourd’hui.



 Qui est Turid Rugaas et pourquoi sa découverte a tout changé ?

Pendant des années, la relation homme-chien a été lue à travers le prisme de la dominance ou de la soumission. Dans les années 90, l'éducatrice norvégienne Turid Rugaas a bouleversé ce modèle en identifiant plus de 30 signaux d’apaisement.


Ces micro gestes sont des outils de communication diplomatiques pour les chiens. Leur but ? Maintenir la paix, dissiper la nervosité et éviter les conflits avant qu'ils n'éclatent. C'est le "code de la route" de la survie sociale chez le chien.



Pourquoi votre chien utilise-t-il ces signaux ?

Le chien est un animal social qui déteste le conflit (qui est coûteux en énergie et dangereux). Il utilise ces micro-gestes dans trois situations principales :

  • S'apaiser lui-même lorsqu'il se sent stressé ou mal à l'aise.

  • Apaiser l'autre (un chien trop excité, un humain qui crie ou qui s'approche de façon frontale).

  • Signaler ses intentions pacifiques pour dire : "Je ne suis pas une menace".



L'échelle de l'agression : anticiper avant l'escalade

Il est crucial de comprendre que ces signaux se situent au tout début de l'échelle de l'agression" Un chien qui "mord sans prévenir" est souvent un chien dont on a ignoré ou puni les signaux de bas niveau pendant trop longtemps.


Niveau 1 (signaux de bas niveau) : bâillement, léchage de truffe, clignement des yeux.

Niveau 2 (signaux de distance) : détourner le corps, s'asseoir, renifler le sol.

Niveau 3 (le "Freeze") : l'arrêt net, le corps tendu. C'est l'ultime avertissement avant l'action.

Niveau 4 (défense active) : grogner, montrer les dents, pincer.


Chez PAWSY, on écoute les murmures pour ne jamais avoir à gérer des cris. Mon rôle est de garantir qu'aucun chien n'ait besoin de monter en intensité parce que sa politesse n'a pas été respectée.



Les signaux les plus fréquents à repérer

Comprendre ce que le chien exprime passe par l'observation de ces gestes fréquents que vous rencontrez chaque jour : 

  • Le détournement de tête / du regard : c’est l’un des signaux les plus puissants. Si un chien détourne la tête quand vous essayez de le prendre en photo ou de lui faire un câlin, il vous dit : "C’est trop pour moi, s’il te plaît, recule."

  • Le léchage de truffe : un petit coup de langue rapide, signe de tension légère ou une micro-expression d’inquiétude.

  • Le bâillement : à moins qu’il ne sorte de sa sieste, un chien qui bâille chez le vétérinaire ou lors d'une réprimande essaie de faire redescendre la pression.

  • Le reniflement au sol : le chien se met soudainement à renifler une touffe d'herbe alors qu'un inconnu approche. Ce n'est pas une distraction, c'est un message diplomatique : "Je suis très occupé ici, je ne cherche pas le conflit." C'est une stratégie d'évitement active.

  • L'immobilisation (Freezing) : le chien s'arrête net, le corps tendu. C'est un signal d'alarme : il analyse la situation et demande de l'espace.

  • L’approche en arc de cercle (marcher en courbe) : un chien bien codé n'approchera jamais un inconnu en ligne droite. S'il fait un arc de cercle, il pratique la politesse canine élémentaire.

  • L’oeil de baleine : si le chien garde la tête fixe mais que vous voyez le blanc de son œil apparaître, c'est un signe de peur intense ou de protection de ressource. C'est un signal de haute intensité qui demande une réaction immédiate de notre part : de l'espace.

  • L’interposition : c'est l'un des signaux les plus sophistiqués. Lorsqu'une tension monte entre deux individus (chiens ou humains), un troisième chien peut passer physiquement entre eux pour briser le contact visuel fixe.


💡 Le saviez-vous ?  C'est dès la 7ème semaine, au contact de sa mère et de sa fratrie, que le chiot apprend les bases de cette diplomatie. Certains chiens perdent ce langage s'ils sont punis systématiquement (ex: gronder un chien qui grogne). Ils peuvent alors passer directement à la morsure car ils ont appris que la "diplomatie" ne fonctionnait plus.


L'importance capitale du contexte

Lire son chien demande de la nuance : un signal seul ne raconte pas toute l'histoire. L'environnement est la clé. Par exemple, le mot « lettre » n'a pas le même sens s'il désigne un courrier ou l'alphabet ; il en va de même pour les gestes de votre chien :

  • Le léchage de truffe : c'est un signal d'apaisement s'il survient lors d'une caresse frontale, mais c'est simplement de la gourmandise si vous tenez un biscuit !

  • L'approche lente : cela peut être une marque de politesse extrême (apaisement) pour ne pas effrayer l'autre, mais aussi une phase de "fixe" avant une prédation.


Le conseil PAWSY : regardez toujours l'environnement et la tension corporelle gloable (chien moi ou chien raide ?) avant de conclure à un signal de stress.



 La physiologie du stress : ce qui se passe sous la peau

Mais lire le contexte ne suffit pas. Pour vraiment comprendre pourquoi votre chien envoie ces signaux, il faut regarder ce qui se passe à l'intérieur de lui - au niveau physiologique.


L'erreur commune est de prêter des sentiments humains à ces réflexes canins. Par exemple, si votre chien détourne le regard quand vous le grondez, ce n'est pas de la culpabilité, c'est une tentative de vous apaiser car il perçoit votre colère (posture, ton de voix).


À cet instant, son système nerveux est inondé de cortisol. Si nous ignorons ces signaux en continuant de le contraindre, le chien bascule en mode "survie" : un état où il n'est plus physiologiquement capable d'apprendre. Comprendre cela change tout : ce n'est pas de l'entêtement, c'est de la biologie.



Le mythe de la queue qui remue : une question de cerveau

On entend souvent que "si le chien remue la queue, c'est qu'il est content". C'est un raccourci qui peut être trompeur. En réalité, le battement de queue indique simplement un haut niveau d'excitation ou une intention de communiquer, mais pas forcément de la joie.


La science des hémisphères : Gauche ou Droite ? 

Des chercheurs, notamment l’équipe de Giorgio Vallortigara, ont démontré que la direction du battement est liée à l'activation des hémisphères cérébraux :

  • Vers la droite (du point de vue du chien) : cela correspond à une activation de l'hémisphère gauche, associé aux émotions positives et à l'approche (joie, curiosité, vue de son humain).

  • Vers la gauche (du point de vue du chien) : cela reflète une activation de l'hémisphère droit, lié aux émotions négatives, au retrait ou à l'anxiété (face à un chien inconnu ou une situation stressante).


Même si cette nuance est parfois difficile à capter à l'œil nu, elle nous rappelle que chaque mouvement du chien est un message complexe envoyé par son cerveau.



Comment utiliser ces signaux pour communiquer avec votre chien?

Utilisez ces codes pour le rassurer :

  • Imitez-le : si votre chien est inquiet, ne le fixez pas. Détournez légèrement la tête ou bâillez. Vous lui envoyez un message clair dans sa propre langue : "Tout va bien, je suis pacifique."

  • L'approche en courbe : ne marchez jamais droit vers un chien.

  • S'asseoir au sol : c'est beaucoup moins menaçant que de rester debout au-dessus de lui.

  • Respectez ses demandes : si votre chien bâille quand vous le caressez, détourne son corps de votre main, arrêtez. En respectant son signal, vous gagnez sa confiance.



Soyez le garde du corps émotionnel de votre chien

Nos chiens s'expriment en permanence, mais ils n'ont pas la parole. C'est à nous d'être les acteurs de leur sécurité.


Trop souvent, nous laissons "tonton" forcer un câlin lors d'un repas de famille ou des passants caresser notre chien alors qu'il montre des signes d'inconfort (corps figé, regard fuyant). Apprendre à dire non pour son chien est une preuve d'amour. En faisant respecter sa bulle, vous construisez une belle relation de confiance.



Les séjours chez PAWSY : un accueil basé sur l'observation

Chez PAWSY, j'applique cette lecture en temps réel. Cette immersion me permet de capter les signaux les plus furtifs pour intervenir avant que l'inconfort ne devienne du stress. Me confier votre toutou, c'est s'assurer qu'il évolue dans un environnement où sa voix est comprise, même quand il ne parle pas.




Vers une éthique de la considération 

Apprendre et comprendre les signaux d'apaisement de Turid Rugaas, c’est passer d’un rapport de force à un rapport de respect. En étant pleinement à son écoute, vous offrez à votre chien l'assurance d'évoluer dans un environnement où sa voix est comprise. C’est ainsi que se construit une relation transformée, basée sur une confiance et une sérénité partagée.




Sources & Références
  • Turid Rugaas : Les signaux d'apaisement : Les bases de la communication canine.

  • Quaranta, A., Siniscalchi, M., & Vallortigara, G. (2007). "Asymmetric tail-wagging responses by dogs". Current Biology.

  • Siniscalchi, M., et al. (2013). "Seeing left- or right-asymmetric tail wagging produces different emotional responses in dogs". Current Biology.


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